#Systémique – n° 4 – Règles biophysiques d’un monde soutenable

Hier je vous parlais de durabilité. Ce terme et celui de « développement durable » servent à traduire la notion anglaise de « sustainability », mais on y perd le sens de « soutenabilité » qui souligne la biocapacité à soutenir le bon fonctionnement des écosystèmes.

Dans une conférence filmée de Donella Meadows, datant de 1999 (lien en commentaire), elle définit cette soutenabilité à l’aide de trois règles biophysiques :
– toute exploitation d’une ressource renouvelable ne doit pas dépasser la capacité de cette ressource à se régénérer,
– toute exploitation d’une ressource non renouvelable ne doit pas dépasser notre capacité à la remplacer par un substitut renouvelable,
– et toute pollution ne doit pas être propagée dans la nature au-delà de la capacité de celle-ci à l’assimiler, et ne doit la dégrader.
Elle y ajoute une règle sociale : l’équité, qui garantit à tous l’accès aux ressources naturelles et le droit à une vie saine. Elle déplore le fait que ce critère soit souvent oublié ou contesté, et souligne qu’il est essentiel dans l’avènement d’une société souhaitable. L’absence d’équité et de justice est un facteur d’accélération de l’auto-destruction de notre société.

« Si comme moi, vous prenez cette définition au sérieux, et que vous regardez autour de vous, vous ne trouverez de système soutenable nulle part », conclut-elle. « Mon université, ma ville, mon pays, notre système socio-économique… rien de tout cela n’est soutenable. Nous sommes très loin de répondre au moindre de ces critères. Et quand on constate à quel point le comportement non soutenable est généralisé dans tous nos systèmes, à toutes les échelles, on voit bien que le problème ne dépend pas d’éléments au sein du système, mais qu’il est systémique. Changer un élément au sein du système, une personne ou une technologie, n’y changera rien. Nos systèmes dysfonctionnent, et nous, nous y agissons tous d’une manière insoutenable et néanmoins rationnelle et justifiable, parce que le système nous y entraîne. »

Regardez le schéma en illustration. La ligne verte représente une ressource non renouvelable, une énergie fossile ou un minerai par exemple. Elle démarre en haut, signifiant qu’avant toute exploitation humaine, son stock est entier. Imaginons que la ligne rouge soit l’exploitation de cette ressource. Avec le temps, l’exploitation se développe et la ressource diminue. Inéluctablement, le système finit par atteindre un point de bascule, la ressource s’épuise, l’exploitation continue encore un peu à marche forcée, puis freine brusquement et s’effondre. Terriblement prévisible, n’est-ce pas ? Et pourtant, nous vivons exactement ce scénario là pour la plupart des matières premières utilisées dans nos quotidiens.

Demain, je vous présenterai les courbes relatives à l’exploitation de ressources renouvelables. Et là, les courbes nous montreront que différents scénarios sont possibles, selon les comportements adoptés.


[Mikhal Bak – Publié sur LinkedIn le 9 janvier 2026]

👉 Lien conférence de Donella Meadows (en anglais) : https://www.youtube.com/watch?v=HMmChiLZZHg (partie 1/4)