
Les principes de fonctionnement sont communs à tous les systèmes, mais les schémas comportementaux diffèrent : tandis que les comportements des écosystèmes naturels visent la stabilité et la robustesse, les comportements du genre humain occidental mondialisé visent, dans ses systèmes socio-économiques, une croissance infinie dans un monde fini, en épuisant les ressources qui alimentent sa croissance.
D’après Arthur Keller, lorsque notre système économique vise une durabilité, il s’agit d’une « durabilité faible ». On y retrouve la notion de « développement durable » qui est corrélée à celle de la croissance, une approche basée sur la croyance que les ressources naturelles sont infinies ou infiniment substituables, aussi infinies que le génie humain dans le domaine du développement technologique. Par hypothèse, il n’y a pas de limite, parce que grâce à l’innovation, on trouverait toujours le moyen de remplacer les services écosystémiques que nous rend la nature. La RSE la plus courante aujourd’hui est la RSE 1.0, celle qui, dans le volet environnemental, cherche uniquement à réduire les impacts négatifs (décarboner, réduire les déchets, consommer plus « responsable »…).
L’approche systémique nous invite à tendre vers une « durabilité forte », qui prend en compte l’état des « stocks » de la biosphère, de l’eau, du climat, des ressources fossiles et minières, qui s’effondrent sous nos yeux, et donc nous exhorte à ajuster nos flux. Les points de rupture des systèmes qui rendent notre planète habitable pour nous et pour une bonne partie du vivant, ne sont pas bien loin. La descente énergétique et matérielle que nous avons amorcée, va s’accélérer. Des ruptures arriveront et seront irréversibles, mais nous pouvons encore et devons limiter les dégâts, agir autant que possible pour freiner, et surtout, inverser la tendance et « rectifier les schémas comportementaux » de nos modes de production et de consommation. Cela passe notamment par la prise en compte des limites planétaires et l’intention de rétablir l’équilibre en régénérant les écosystèmes, comme le préconise la RSE 2.0 (portée notamment par le réseau dynamique GenAct).
Aujourd’hui, et plus que jamais, il est essentiel, vital même, que les politiques (pouvoirs publics), les entreprises (pouvoirs privés) et les citoyens comprennent réellement les enjeux de la Durabilité et de la Croissance.
Demain, j’aborderai la définition que donne Donella Meadows, autrice principale du rapport « Les Limites de la croissance », au terme « sustainability » (soutenabilité) et nous observerons des courbes qui illustrent l’évolution d’une exploitation de ressources non renouvelables.
[Mikhal Bak – Publié sur LinkedIn le 8 janvier 2026]
👉 L’illustration du post présente le schéma des trois sphères de l’économie écologique selon René Passet, tel que présenté dans la Fresque de l’économie régénératrice. Cette représentation en sphères concentriques, qui date de 1979, est antérieure au schéma habituel du développement durable (qui date de 1993) avec trois ronds qui se chevauchent (économique, social et écologique) et où seule la petite partie se trouvant à l’intersection des trois ronds semble « durable ». Ce schéma-là, qui est devenu la représentation dominante de l’écologie, peut laisser à penser que l’économie, le social, et même l’écologie, peuvent majoritairement exister en dehors de la durabilité, et qu’ils ne sont reliés que partiellement en étant par ailleurs des domaines qui existent indépendamment des deux autres. 👇
A méditer…
