#Systémique – n° 9 – Devenons des penseurs systémiques

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Au début des années 1970, l’empreinte écologique de l’humanité dépasse la biocapacité de la Terre à régénérer les ressources qu’on lui prélève, à absorber nos déchets et pollutions et à restaurer les dégâts qu’on lui inflige. Au même moment, le rapport « Les Limites de la croissance (dans un monde fini) » paraît. Si à l’époque, les révélations de cette publication eussent entraîné des mesures à la hauteur des enjeux, notre situation aurait été bien différente aujourd’hui. Mais le rapport a été discrédité par de nombreux économistes et politiciens pour lesquels nos modes de vie sont « non négociables ».

Dans son livre « Pour une pensée systémique », écrit dans les années 1990 et paru à titre posthume en 2008, Donella Meadows explique de façon très accessible les principes de la dynamique des systèmes, leurs principales caractéristiques, et propose des leviers pour provoquer des changements. « Comme toujours en matière de comportement des systèmes complexes » écrit-elle, « le secret consiste à repérer quelles structures ont en germe quels comportements, et quelles conditions entraînent quels comportements – et lorsque c’est possible, à modifier les structures et conditions afin de réduire les risques de comportements destructeurs et de favoriser les comportements bénéfiques. »

Parmi les caractéristiques, les structures archétypales produisent des comportements problématiques répandus, comme l’addiction ou l’escalade. Ce qui semble être un piège peut devenir opportunité lorsqu’on identifie l’aspect structurel du problème et les leviers à actionner.

Un levier m’a particulièrement intriguée, il intéressera toutes les personnes qui œuvrent dans des contextes où se manifestent des résistances au changement. Imaginez deux camps (ou sous-systèmes) aux objectifs opposés. Leurs interactions se résument la plupart du temps au statu quo ou aux escalades, aucun camp n’arrive à atteindre ses objectifs. Voici un levier très contre-intuitif : c’est en relâchant la pression d’un côté que la pression dans le sous-système adverse se relâchera et permettra mécaniquement aux deux camps de se rapprocher de leurs objectifs. Cela passe par de l’acceptation, du renoncement (dont celui d’atteindre ses objectifs à 100%), du laisser-faire et de la confiance mutuelle. Imaginez :

Et si en reconnaissant que la descente énergétique et matérielle est déjà amorcée et que nous ferions mieux de la gérer de façon volontaire plutôt que de la subir, tous les gouvernements du monde se coordonnaient pour baisser leur production en bonne intelligence ?

La question « à quoi est-on prêt à renoncer ? » est au cœur des actions nécessaires pour changer la donne, tant qu’on peut encore le faire de façon organisée. Lorsqu’il sera trop tard, le renoncement ne sera plus un sujet. Nous resterons avec des privations qui nous seront imposées et, sans doute, des regrets.

Demain, je vais (une énième fois) vous inviter à écouter Arthur Keller.


[Mikhal Bak – Publié sur LinkedIn le 14 janvier 2026]

👉 La vidéo est extraite de la conférence de Donella Meadows, filmée à l’University du Michigan, School of Business Administration, en 1999. Je l’ai sous-titrée pour vous, si besoin. Voir sur le post Linkedin.
Début de la conférence : https://www.youtube.com/watch?v=HMmChiLZZHg (partie 1/4)