
C’est indéniable, l’ère industrielle est celle de l’accélération du progrès technologique qui a apporté du confort dans nos modes de vie. C’est ce que nous avons toujours connu, notre normalité depuis deux siècles, pourquoi cela changerait ?
« Pour limiter notre empreinte écologique ? Naaan, surtout, ne vous inquiétez pas. Bon, les solutions ne sont pas encore au point, et puis certaines restent à inventer, mais ayez confiance dans le génie humain ! C’est la technologie qui va permettre de réduire notre empreinte écologique tout en permettant à notre économie de croître indéfiniment. » Ce discours « technosolutionniste » est le discours dominant aujourd’hui. Géoingénierie, nucléaire, Green Tech, IA…
J’aimerais tant demander à ceux qui misent l’avenir de l’humanité sur l’innovation technologique, ces quelques questions :
Comment allez-vous faire lorsque l’énergie et les matières premières ne suffiront plus ? Le jour où l’extraction s’épuisera ou que l’acheminement des matières et des composantes que vous faites venir des quatre coins du monde ne sera plus possible ou hors de prix ? Le jour où l’électrification des usages ne soit plus possible par manque de production électrique ou de minerai (cuivre, cobalt, lithium…) ? Avez-vous prévu un plan B pour le jour où votre système se retrouverait à l’arrêt de façon prolongée à cause d’aléas climatiques ou hacké par des pirates informatiques ?
Et nous ? Comment ferons-nous, citoyens devenus totalement dépendants et addicts aux technologies qui régissent nos quotidiens ?
Il n’existe aucun plan B pour le jour où la technologie s’arrêtera de marcher. C’est fou à quel point nous nous entêtons à nous rendre aussi vulnérables…
Le délai qui existe entre l’invention d’une technologie et sa mise en place opérationnelle semble rarement pris en compte. Exemple édifiant : la France mise son avenir sur le « tout électrique » pour atteindre la neutralité carbone en 2050 ; elle développe la fusion nucléaire qui ne sera pas opérationnelle avant la décennie 2050-60 (au bas mot).
Et pendant ce temps, cette promesse-là et bien d’autres « solutions » nous font croire que nous pourrons continuer à vivre avec un progrès inarrêtable, nous empêchent d’ouvrir les yeux sur nos besoins de changements structurels et captent tous les moyens financiers qui seraient bien plus utiles dans l’élaboration d’un vrai système résilient pour notre avenir.
Ces solutions technologiques sont des solutions spécifiques apportées à des problèmes spécifiques qui ne reflètent pas du tout le véritable problème systémique dans lequel nous sommes embourbés. Autrement dit, le problème qu’elles vont chercher à résoudre n’est pas LE problème, mais juste un élément d’un problème nettement plus global.
Donella Meadows et Arthur Keller ont tous deux examiné des voies de bifurcation, des moyens de rendre nos systèmes résilients. Leurs recommandations feront l’objet des deux derniers posts de cette série.
[Mikhal Bak – Publié sur LinkedIn le 13 janvier 2026]
👉 Philippe Bihouix parle de « discernement technologique » et des enjeux liés aux ressources. Vidéo « Vers une Sobriété systémique » de Circular Metabolism : https://www.youtube.com/watch?v=NO5QreYlXtE
👉 Le grand potentiel de la low-tech est très bien décrit dans le petit livre « C’est quoi la low-tech » de Jacques Tiberi : https://www.lowtechjournal.fr/achatnumero/definitionlow-techtiberi.html