
Hier, nous avons vu les courbes d’une entreprise qui surexploite une ressource renouvelable. Toujours à fond de ses capacités financières et techniques, elle « prélève » la ressource qui se raréfie jusqu’à extinction. Forcément, son business s’effondre.
Aujourd’hui, nous allons illustrer cela avec une compagnie de pêche qui pratique le « business as usual ».
Vous vous dites peut-être que lorsque sa ressource montrera des signes de raréfaction, une régulation par la loi du marché se mettra en place : la raréfaction entraînera une hausse des prix qui entraînera à son tour une baisse de la demande et donc une baisse de l’offre… mais malheureusement, dans la vraie vie, ça ne marche plus comme ça dans bien des cas.
Prenons l’exemple du thon rouge, menacé d’extinction. Sa rareté lui donne une grande valeur et des personnes très riches à Tokyo acceptent de payer plusieurs milliers d’euros le kilo. Cela ne freine donc absolument pas la surpêche et l’extinction de l’espèce, bien au contraire. Cela encourage la spéculation et les investissements.
Lorsque Donella Meadows prend cet exemple, elle ne jette pas la faute sur les riches acheteurs nippons, ni sur les compagnies, mais sur 4 facteurs qui sous-tendent nos comportements non-soutenables :
– la Croissance → l’objectif de la compagnie de pêche est de gagner toujours plus,
– la Technologie → qui donne la capacité technique à la compagnie d’exploiter toujours plus et renforce sa compétitivité,
– le Marché → dans un système où le partage de richesses est très inéquitable,
– et les Pouvoirs publics → qui soutiennent financièrement les compagnies de pêche lorsque leurs gains commencent à baisser, et qui soutiennent aussi les consommateurs en protégeant leur pouvoir d’achat lorsque les prix grimpent, ce qui fausse complètement les signaux que le marché aurait dû émettre pour permettre à la ressource de la pêche de se réguler.
Elle fait remarquer que notre culture socio-économique nous apprend que nous pouvons compter sur ces 4 facteurs pour nous sauver…
Dans le rapport « Les Limites de la Croissance », paru en 1972, elle participa à la modélisation des évolutions de différentes courbes pour les décennies à venir : l’évolution de la population, l’évolution de l’épuisement des ressources, de la pollution, de la production industrielle et de la nourriture par habitant. 40 ans après la parution du rapport, le chercheur australien Graham Turner a comparé les prédictions et les données réelles relatives à ces sujets, les prédictions se sont avérées très proches des évolutions réelles. Tant que le facteur Croissance était dans le tableau, le rapport prédisait des effondrements autour de 2030.
A méditer. Peut-être à anticiper aussi ?
Demain, je vous proposerai un focus sur la Croissance, la Croissance Verte et la Décroissance.
[Mikhal Bak – Publié sur LinkedIn le 11 janvier 2026]