
La dimension systémique donne vraiment une tout autre vision des risques que nous encourons. Qu’ils nous paraissent économiques, politiques, climatiques, sociaux, technologiques ou sanitaires… en réalité, les risques sont plus ou moins tout ça à la fois de manière imbriquée.
On s’imagine qu’un risque peut entraîner une crise qu’il conviendra de gérer pour rétablir la situation. Mais avec Arthur Keller, spécialiste des risques systémiques, on comprend que ce que l’on prend pour des « événements » sont des phénomènes qui s’inscrivent dans un processus en évolution constante. Il nous alerte sur notre volonté de trouver des « solutions » aux crises que nous jugeons passagères, aux problèmes précis que nous identifions. Ces solutions spécifiques, aussi utiles soient elles pour gérer des problèmes spécifiques, ne permettront pas d’agir au niveau du processus global. Or, c’est à ce niveau là que nous devons élever notre regard.
« Penser qu’on a déjà toutes les solutions, mais que c’est surtout une question de volonté politique, n’est pas admettre qu’un changement de fond est nécessaire », dit-il. Cette phrase m’a chamboulée et a changé le regard que je porte sur l’appareil politique. Aujourd’hui, je situe mes attentes du monde politique à un autre niveau. Cela n’enlève rien à l’importance de l’action politique, mais j’ai pris du recul sur ma croyance en la capacité d’action de projets politiques ambitieux (ils considèrent tous l’être). Je ne peux plus faire abstraction de la complexité des systèmes dans lesquels tout projet politique est imbriqué.
Comme le dit Donella Meadows, « bien sûr, il y a des exceptions, il y a toujours des exceptions ». Vous allez sans doute penser à des hommes politiques qui, par le passé, ont révolutionné leur pays et l’ordre mondial, et à d’autres qui cherchent à le faire dans le présent. Même eux, ils n’ont pas agi seuls. Ils ont été portés par un contexte socio-économique et politique qui les a amené là où ils sont et qui leur a donné leur pouvoir. Ils restent des représentants d’un système, qui est maintenu et nourri par tout une complexité d’autres systèmes.
Alors que faire ? « Nous avons besoin d’une coordination planétaire pour gérer un problème planétaire », nous dit Keller, tout en soulignant que ça, c’est la théorie. En pratique, nous vivons dans des systèmes avec une inertie tellement forte, que les points de rupture vont très probablement arriver bien avant que l’humanité prenne conscience qu’elle avait le pouvoir d’agir ces dernières décennies, et qu’elle aurait dû s’y mettre de manière radicale et coordonnée. Elle aurait dû le faire comme si elle vivait sur une planète unique, prodigieuse, généreuse et magnifique, une exception absolue à des années lumière à la ronde, une merveille systémique. Comme si la menace d’inhabitabilité de la Terre aurait dû être prise au sérieux.
Demain, je vous parlerai du volet économique et de la notion de durabilité.
[Mikhal Bak – Publié sur LinkedIn le 7 janvier 2026]
👉 Le visuel en illustration est extrait du guide « Faire face aux vagues de chaleur avec votre Plan Communal de Sauvegarde » (publié par la Direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises, Ministère de l’Intérieur, 2023) : https://sante.gouv.fr/IMG/pdf/2023_guide_pcs_vague_de_chaleur.pdf