Notre contribution au “monde d’après”

« Crise Covid-19 : Comment inventer tous ensemble le monde d’après ? » C’était le titre d’une grande consultation citoyenne menée par La Croix-Rouge française, WWF France, Make.org et le Groupe SOS ainsi que plusieurs autres structures partenaires durant le confinement pour permettre à chacun·e de faire des propositions concrètes pour le “monde d’après”. En l’espace de 6 semaines, plus de 165 000 personnes y ont participé, soumettant 20 000 propositions et votant pour celles qui faisaient le plus de sens pour elles. Les quelque 1,7 million de votes enregistrés sur la plateforme ont permis aux organisateurs de faire ressortir les sujets les plus plébiscités : autant d’actions de bon sens, qui pourraient et devraient être menées sans tergiverser, puisqu’elles font massivement consensus. Les résultats complets de la consultation sont disponibles ici.

Parmi les sujets qui sont sortis largement du lot, on trouve la consommation alimentaire (favoriser la consommation locale et les circuits de proximité, se diriger vers une agriculture alternative), la limitation de la production de déchets et la relocalisation de certains secteurs économiques stratégiques en France et en Europe. Viennent ensuite, de façon très soutenue également, les préoccupations environnementales (progresser vers la ville durable, augmenter la durée de vie des produits, favoriser les mobilités écologiques et limiter les transports polluants, protéger la biodiversité, les espèces et leur milieu), économiques (modifier en profondeur notre modèle économique pour un système plus soutenable, mettre l’environnement et le social au cœur des politiques publiques et de la fiscalité, mieux considérer les métiers essentiels), démocratiques (redonner un pouvoir d’action et de décision au citoyen), éducatives (repenser l’éducation en faveur de l’humain et de l’environnement) et, bien sûr, sanitaires (rendre plus attractifs les métiers de la santé et donner plus de moyens aux hôpitaux).

Une lecture en creux de ces propositions décrit le monde dans lequel nous vivons : une économie mondialisée, consumériste, polluante et inégalitaire ; une agriculture productiviste ; une démocratie illusoire ; une éducation et des services publics où l’humain est davantage au service de l’économie que l’inverse. La crise du Covid-19 a démontré avec force combien tous ces sujets sont imbriqués et combien, globalement, notre modèle de société n’est pas seulement insoutenable sur le long terme, mais aussi terriblement vulnérable à très court terme.

Pourtant, le nombre de citoyens et d’organisations qui n’ont pas attendu le confinement pour s’en rendre compte, et qui agissent pour tenter  d’inverser la tendance est bien plus important qu’il n’y paraît. La dynamique des alternatives est forte, en France mais aussi de par le monde, mais elle peine à se rendre visible. C’est pour cette raison que des initiatives telles que la « La Fabrique des transitions », portée par Jean-François Caron, maire de Loos-en-Gohelle, fleurissent pour montrer toute l’ampleur et l’efficience de ces alternatives, et encourager un changement d’échelle. 

Aujourd’hui, avec le recul qu’a permis le confinement, même ceux qui regardaient cette dynamique de loin ou qui ne la voyaient pas du tout ne peuvent plus nier le caractère nécessaire et urgent de la résilience locale, de la protection de l’environnement, d’une transition vers une économie basée sur l’humain et la solidarité.

C’est pour faire émerger ce monde soutenable et souhaitable, avec la participation de tous – institutions, entreprises et société civile – que nous souhaitons soutenir les projets locaux qui permettront aux propositions mises en lumière par la consultation sur le monde d’après de voir le jour sur notre territoire. Ce sera la ligne directrice du programme d’incubation ESS de L’Alternateur, à travers lequel nous accompagnerons des porteurs de projets à donner vie à leurs idées.

Au sein des espaces de travail mutualisés de L’Alternateur, ces porteurs de projet côtoieront des professionnels : des entrepreneurs, des indépendants, des TPE, mais aussi des salariés qui, après avoir découvert ses atouts en termes de réduction de leurs déplacements, de gains d’autonomie et de productivité à l’occasion du confinement, auront fait le choix de réorganiser leur vie professionnelle en continuant à pratiquer le télétravail. À tous ces professionnels, L’Alternateur offrira un cadre adapté et stimulant, l’isolement en moins, avec les nombreuses valeurs ajoutées d’un espace de  coworking : rencontres professionnelles, événements, convivialité, sérendipité, mutualisation des outils et d’autres services.

Nous souhaitons faire de L’Alternateur un centre de ressources et un lieu de mutualisation des connaissances, dans lequel les entreprises pourront se former et acquérir les outils nécessaires à la transformation de leurs processus, pour opérer leur propre transition vers des modèles économiques plus circulaires et durables.

Afin que les habitants de Champigny trouvent eux aussi leur place au sein de cette transition, L’Alternateur proposera une large programmation à travers laquelle ils pourront mieux découvrir et comprendre les enjeux, passer à l’action (individuelle comme collective), apprendre (montée en compétences, gouvernance partagée…), et même soutenir et participer directement aux projets locaux. 

Voilà qui résume la feuille de route de L’Alternateur pour le “Monde d’après” à Champigny. C’est une feuille de route collective, que nous souhaitons nourrir et mettre en œuvre avec un réseau aussi large que possible. Si vous souhaitez rejoindre ce réseau, contactez-nous !

C’est quoi un Tiers Lieu ? Bout de réponse avec cette photo-souvenir d’une fresque réalisée par Sara Joban lors de la première étape du Tour des Tiers Lieux organisée par le collectif A+ c’est mieux, en janvier 2020

Développement d’une résilience locale – c’est maintenant !

En mettant un coup de frein brutal au fonctionnement de notre société, la crise liée au COVID-19 révèle les vulnérabilités de notre modèle occidental mondialisé. Elle montre combien un système économique libéral basé sur la seule quête du profit et une vision à court terme, et qui ne doit son existence qu’à des ressources humaines et naturelles en voie d’épuisement, est un calcul autodestructeur. Cela fait 50 ans que l’on sait que cette fuite en avant nous mène droit dans le mur. Ceux qui avaient encore des doutes ne peuvent plus se voiler la face. Les inégalités sociales et la précarité, notre addiction aux énergies fossiles et le réchauffement climatique, les pollutions et la destruction massive de la biodiversité, les surexploitations et les surconsommations… Tout cela est le résultat de choix faits par le passé pour se conformer à une certaine idée de ce qu’est le progrès.

Nous nous trouvons à un moment historique, celui  où un choix doit à nouveau être fait : “relancer la machine” et reprendre la fuite en avant, comme si de rien n’était, ou orienter tous nos efforts sur la construction d’un nouveau modèle de société qui nous permette de faire face aux chocs actuels et à venir ? Car des chocs, il y en aura d’autres dans les prochaines années. Nous ne pouvons pas ignorer que tôt ou tard, le dérèglement du climat, l’épuisement du pétrole et la vétusté de nos centrales nucléaires se rappelleront à notre bon souvenir. Anticipons.

Et si le moment était venu de remettre en question la vision conventionnelle du progrès, et de faire des choix dans le but d’améliorer nos conditions de vie et d’assurer leur pérennité ?

Cette crise nous révèle aussi ce qui est source de résilience dans les situations de choc : les actions de coopération et de solidarité se multiplient malgré les contraintes du confinement. Des liens forts se nouent entre citoyens et organismes, les acquis sociaux et services publics prouvent leur utilité et la solidarité est invoquée et activée à tous les échelons politiques. Des entreprises transforment leurs offres pour répondre aux besoins immédiats.  Les initiatives qui favorisent la réappropriation de savoir-faire et l’autonomie (production alimentaire locale, la vente en circuits courts) démontrent toute leur force..

Cette nécessité de construire une résilience locale est ce qui nous motive, depuis le début, dans l’élaboration du projet de L’Alternateur. Nous souhaitons en faire connaître les enjeux aux habitants de notre territoire et les inciter à participer collectivement à la construction de cette résilience. Imaginer de nouveaux modes de fonctionnement dans nos vies quotidiennes (travail, déplacement, consommation…) en privilégiant l’échelon local, le lien social, la coopération, un sentiment d’utilité pour les générations à venir, sans oublier la satisfaction et la joie partagée que ces choix et actions peuvent procurer. Participer à une action de solidarité locale auprès de personnes en grande précarité, créer un projet entrepreneurial ou citoyen qui a du sens et dont l’impact sera positif pour notre territoire, adopter de nouvelles habitudes quotidiennes qui embellissent nos vies et celles de notre entourage… Tout cela est à la portée de la plupart d’entre nous.

Notre espoir est que désormais, l’utilité d’un lieu qui œuvre à la construction d’une résilience locale ne soit plus à démontrer et que toutes les actions de sensibilisation, d’accompagnement et de création de lien que nous souhaitons mettre en place dans le cadre de L’Alternateur rencontrent l’adhésion des habitants du territoire et de nos partenaires, avec conviction et audace.

Vous voulez mieux cerner le projet de L’Alternateur ? Comprendre comment un tiers-lieu s’inscrit dans une dynamique de développement de résilience locale et discuter ensemble des moyens de développer celle-ci ?

Nous vous donnons rendez-vous le mardi 19 mai de 18h30 à 19h30 pour une heure d’échange sur Zoom. Inscriptions ici (les personnes inscrites recevront le lien de connexion la veille).

Faire tiers lieu en temps de confinement ?

On ne sait pas pour vous, mais de notre côté l’année 2020 avait commencé comme l’année 2019 s’était terminée… sur les chapeaux de roues ! Certes, nous n’avions pas encore de local dans lequel lancer nos activités, et nous ne prévoyions pas de pouvoir ouvrir avant la fin de l’année, une fois tous les financements trouvés et les travaux terminés.

Malgré cela, nous avions décidé de tirer profit des prochains mois et de la formidable flexibilité (ou liberté ?) dont nous disposions, du fait que nous n’étions pas encore “enchaînées” à un lieu physique dans lequel l’une de nous au moins devrait être présente plusieurs jours dans la semaine et pour lequel nous devrions commencer à payer des frais.

Concrètement, notre objectif était de fédérer non seulement les futurs usagers du lieu (coworkers, clients du futur café, formateurs, porteurs de projet…), mais aussi ses parties prenantes : ces associations, entrepreneurs, particuliers et collectivités que nous souhaitions associer à ce projet de territoire. Entre les ateliers “Journal du futur, Champigny 2030”, le projet Ecosystème ESS Champigny et les animations organisées à l’Atelier, notre calendrier des prochains mois commençait à bien se remplir… Et puis tout s’est arrêté.

Tiers quoi ?

Trois semaines après le début du confinement, nous avons comme changé de dimension, passant d’un quotidien parfois chaotique, rythmé par nos boulots “alimentaires” respectifs, de multiples rendez-vous programmés avec des partenaires potentiels ou actuels, la construction du projet et nos obligations familiales… à des journées confinées dont le planning s’est radicalement éclairci.

Passées la sidération et la nécessaire phase d’adaptation/acceptation (sur le plan matériel, mais aussi psychologique, celle-ci ci étant loin d’être terminée !), nous avons commencé naturellement à nous poser des questions sur “l’après” : à quand, et comment la sortie ? A quoi ressemblera le monde ? Quand pourrons-nous à nouveau faire tiers lieu, c’est-à-dire rencontrer, nous réunir pour mieux nous connaître, construire des projets ensemble, comme nous essayons de le faire depuis plusieurs mois et avions prévu de continuer de le faire cette année ?

Au final, aussi frustrant qu’il soit, le constat est que nous ne pouvons pas répondre à ces questions, pas plus que tous les experts (simili et réels) qui se succèdent dans les médias. En revanche, s’il est un aspect positif à retirer de cette période de brusque ralentissement de nos activités et vies, c’est sans doute le fait qu’elle nous oblige à revenir à une vérité basique que nous oublions souvent, pris dans le quotidien : nous ne pouvons agir ni sur le passé, ni sur le futur… uniquement sur le présent. Ce n’est qu’en acceptant cet état de fait que nous pourrons oublier la frustration actuelle pour retrouver notre pouvoir d’agir. Bien sûr, c’est un pouvoir d’agir contraint… Mais si ces mêmes contraintes nous poussent à en prendre conscience aujourd’hui, dans le présent, alors elles peuvent peut-être nous être bénéfiques, pour construire ici, maintenant, dans le présent ?

Comment faire ?

Et si, après que nous avons passé des mois à rechercher des financements pour ouvrir le futur local, ce temps de ralentissement nous donnait l’opportunité de nous recentrer sur la véritable raison d’être de L’Alternateur ? Car plus qu’un simple projet de lieu, L’Alternateur est un projet de “faire tiers lieu” : nous reconnecter entre nous, pour mieux nous connaître, apprendre, vivre, expérimenter et faire ensemble, pour construire le “monde d’après”. 

La crise que nous vivons prouve avec force l’importance de la production locale, des commerces et services de proximité, des liens sociaux, de l’entraide, de la solidarité et de l’économie réelle. Autant de facteurs de résilience que L’Alternateur souhaite aider à renforcer au niveau local, en prévision des futurs chocs à venir, car il ne fait aucun doute que nous en connaîtrons d’autres, à court ou moyen terme. Aujourd’hui plus que jamais, la nécessité de développer une résilience locale semble essentielle, pas uniquement pour “éviter le pire”, mais pour développer un nouveau modèle de société qui permette avant tout d’améliorer le présent et de bâtir un futur dans lequel il sera beaucoup plus agréable de vivre, dans le respect de l’humain et de la nature.

Nous n’en sommes qu’au début encore de la réflexion et de « digestion » de nos conditions de vie en confinement, mais s’il y a une chose dont nous sommes convaincues, c’est qu’aujourd’hui encore plus qu’avant, nous avons besoin de faire tiers lieu pour co-construire un projet de résilience réaliste et adapté pour notre territoire. C’est pourquoi nous avons, comme beaucoup d’autres “collègues”, de l’univers des tiers lieux et d’autres, décidé de tirer parti des formidables outils en ligne que sont l’Internet, le téléphone (!) et autres Zoom, Jitsi et comparses. A défaut de remplacer la qualité de rencontres physiques, ces outils sont efficaces pour nous connecter et échanger.

Nous avons commencé doucement, en organisant des “cafés-coworking virtuels” deux fois par semaine, avec les coworkers, freelances et entrepreneurs membres des groupes Meetup de l’Atelier et de L’Alternateur. Nous nous retrouvons à l’heure du café du midi, le lundi et le vendredi, et nous parlons. Beaucoup. De nos quotidiens. De nos problématiques. Des questions que nous nous posons. Des solutions que nous avons trouvées pour faire du sport, faire l’école à nos enfants, continuer de travailler, nous occuper ou même ne rien faire. Ces moments sont très précieux, et aucune session ne ressemble à la précédente, d’autant que les gens viennent quand il·elle·s le peuvent, comme il·elle·s sont. Juste pour faire société.

Petit à petit, au bout de trois semaines de rendez-vous bihebdomadaires, des idées commencent à émerger : des envies d’ateliers, de présentations, de faire. Nous n’avons encore rien programmé, nous suivons juste le fil et nous observons où il nous mène… tout en appréciant la chaleur humaine, l’envie d’entraide et la bienveillance qui transparaissent dans les échanges. Soit précisément les qualités que nous aspirons à valoriser et diffuser en faisant tiers lieu. 

Pour la suite, nous réfléchissons à la possibilité de proposer d’autres rendez-vous, pour élargir le premier cercle de participants (coworkers) et permettre à plus de personnes de participer. Nous réfléchissons aussi à la meilleure manière d’utiliser les outils que nous avons mis en place ces derniers mois, comme les ateliers “Journal du futur”, pour valoriser au mieux toutes les idées et projets qu’ils ont permis de faire émerger, et préparer dès aujourd’hui le terrain pour permettre leur mise en œuvre après la fin du confinement.

Les outils sont là, et nous nous sentons motivées. Et vous, où en êtes-vous ? Que vous soyez citoyen.ne, entrepreneur.e, salarié.e… Racontez-nous comment vous vivez cette période. Dites-nous comment vous travaillez ou ne travaillez pas, les liens que vous entretenez, les outils que vous utilisez… N’hésitez pas à venir faire société avec nous !

Pour plus d’informations sur nos cafés-coworking virtuels, consultez notre page Meetup ou contactez-moi.

Les ateliers “Journal du futur – Champigny 2030”

« Un Tiers Lieu ne se définit pas par ce que l’on en dit, mais par ce que l’on en fait. »  – Le Manifeste des Tiers Lieux

Les étapes de concrétisation d’un Tiers Lieu comme l’Alternateur sont nombreuses. Si certaines sont spécifiques aux aspects logistiques et administratifs du futur lieu physique, d’autres visent à préfigurer les activités et événements qui s’y dérouleront et à fédérer les futurs acteurs du projet : citoyens, associations, entreprises, collectivités.

Pour démarrer des actions de sensibilisation auprès des habitants, nous avons décidé d’organiser une série d’ateliers participatifs pour proposer à des personnes volontaires d’imaginer ensemble des projets qui permettraient d’améliorer la vie locale et de renforcer le lien social. Nous compilerons ensuite les résultats de tous ces ateliers dans un vrai-faux journal municipal, “Champigny 2030”, que nous diffuserons à l’échelle de toute la ville pour les mettre en valeur.

A travers ce projet, intitulé “Journal du futur – Champigny 2030”, nous souhaitons proposer à des habitants volontaires de vivre une expérience collective enrichissante et de co-construire une vision positive de leurs quartiers et de leur avenir, en leur montrant qu’ils ont la possibilité, en se saisissant des problématiques de transition dans leur quartier, d’y améliorer la vie locale et par là même leur propre quotidien. Notre conviction est qu’en développant une vision positive de l’avenir, un tel projet contribuera non seulement à inciter les personnes à se “réapproprier” la vie de leur quartier, mais aussi à améliorer l’image de ce dernier, aussi bien à leurs yeux que vis-à-vis des personnes de l’extérieur.

Ces ateliers, qui se veulent ludiques et créatifs, auront lieu dans les cinq quartiers prioritaires de la ville (Bois l’Abbé, Mordacs, Plateau, Quatre Cités et Egalité) dans un premier temps, mais nous espérons par la suite pouvoir les étendre à toute la ville. Nous travaillons à construire le calendrier des ateliers pour cet automne avec l’aide entre autres des chargé.e.s de développement local de la mairie et des associations. Nous ne manquerons pas de publier et de communiquer dessus dès que cela sera fait. Si l’organisation d’un atelier de ce type vous intéresse, n’hésitez pas à nous contacter ou à commenter !