Développement d’une résilience locale – c’est maintenant !

En mettant un coup de frein brutal au fonctionnement de notre société, la crise liée au COVID-19 révèle les vulnérabilités de notre modèle occidental mondialisé. Elle montre combien un système économique libéral basé sur la seule quête du profit et une vision à court terme, et qui ne doit son existence qu’à des ressources humaines et naturelles en voie d’épuisement, est un calcul autodestructeur. Cela fait 50 ans que l’on sait que cette fuite en avant nous mène droit dans le mur. Ceux qui avaient encore des doutes ne peuvent plus se voiler la face. Les inégalités sociales et la précarité, notre addiction aux énergies fossiles et le réchauffement climatique, les pollutions et la destruction massive de la biodiversité, les surexploitations et les surconsommations… Tout cela est le résultat de choix faits par le passé pour se conformer à une certaine idée de ce qu’est le progrès.

Nous nous trouvons à un moment historique, celui  où un choix doit à nouveau être fait : “relancer la machine” et reprendre la fuite en avant, comme si de rien n’était, ou orienter tous nos efforts sur la construction d’un nouveau modèle de société qui nous permette de faire face aux chocs actuels et à venir ? Car des chocs, il y en aura d’autres dans les prochaines années. Nous ne pouvons pas ignorer que tôt ou tard, le dérèglement du climat, l’épuisement du pétrole et la vétusté de nos centrales nucléaires se rappelleront à notre bon souvenir. Anticipons.

Et si le moment était venu de remettre en question la vision conventionnelle du progrès, et de faire des choix dans le but d’améliorer nos conditions de vie et d’assurer leur pérennité ?

Cette crise nous révèle aussi ce qui est source de résilience dans les situations de choc : les actions de coopération et de solidarité se multiplient malgré les contraintes du confinement. Des liens forts se nouent entre citoyens et organismes, les acquis sociaux et services publics prouvent leur utilité et la solidarité est invoquée et activée à tous les échelons politiques. Des entreprises transforment leurs offres pour répondre aux besoins immédiats.  Les initiatives qui favorisent la réappropriation de savoir-faire et l’autonomie (production alimentaire locale, la vente en circuits courts) démontrent toute leur force..

Cette nécessité de construire une résilience locale est ce qui nous motive, depuis le début, dans l’élaboration du projet de L’Alternateur. Nous souhaitons en faire connaître les enjeux aux habitants de notre territoire et les inciter à participer collectivement à la construction de cette résilience. Imaginer de nouveaux modes de fonctionnement dans nos vies quotidiennes (travail, déplacement, consommation…) en privilégiant l’échelon local, le lien social, la coopération, un sentiment d’utilité pour les générations à venir, sans oublier la satisfaction et la joie partagée que ces choix et actions peuvent procurer. Participer à une action de solidarité locale auprès de personnes en grande précarité, créer un projet entrepreneurial ou citoyen qui a du sens et dont l’impact sera positif pour notre territoire, adopter de nouvelles habitudes quotidiennes qui embellissent nos vies et celles de notre entourage… Tout cela est à la portée de la plupart d’entre nous.

Notre espoir est que désormais, l’utilité d’un lieu qui œuvre à la construction d’une résilience locale ne soit plus à démontrer et que toutes les actions de sensibilisation, d’accompagnement et de création de lien que nous souhaitons mettre en place dans le cadre de L’Alternateur rencontrent l’adhésion des habitants du territoire et de nos partenaires, avec conviction et audace.

Vous voulez mieux cerner le projet de L’Alternateur ? Comprendre comment un tiers-lieu s’inscrit dans une dynamique de développement de résilience locale et discuter ensemble des moyens de développer celle-ci ?

Nous vous donnons rendez-vous le mardi 19 mai de 18h30 à 19h30 pour une heure d’échange sur Zoom. Inscriptions ici (les personnes inscrites recevront le lien de connexion la veille).

Faire tiers lieu en temps de confinement ?

On ne sait pas pour vous, mais de notre côté l’année 2020 avait commencé comme l’année 2019 s’était terminée… sur les chapeaux de roues ! Certes, nous n’avions pas encore de local dans lequel lancer nos activités, et nous ne prévoyions pas de pouvoir ouvrir avant la fin de l’année, une fois tous les financements trouvés et les travaux terminés.

Malgré cela, nous avions décidé de tirer profit des prochains mois et de la formidable flexibilité (ou liberté ?) dont nous disposions, du fait que nous n’étions pas encore “enchaînées” à un lieu physique dans lequel l’une de nous au moins devrait être présente plusieurs jours dans la semaine et pour lequel nous devrions commencer à payer des frais.

Concrètement, notre objectif était de fédérer non seulement les futurs usagers du lieu (coworkers, clients du futur café, formateurs, porteurs de projet…), mais aussi ses parties prenantes : ces associations, entrepreneurs, particuliers et collectivités que nous souhaitions associer à ce projet de territoire. Entre les ateliers “Journal du futur, Champigny 2030”, le projet Ecosystème ESS Champigny et les animations organisées à l’Atelier, notre calendrier des prochains mois commençait à bien se remplir… Et puis tout s’est arrêté.

Tiers quoi ?

Trois semaines après le début du confinement, nous avons comme changé de dimension, passant d’un quotidien parfois chaotique, rythmé par nos boulots “alimentaires” respectifs, de multiples rendez-vous programmés avec des partenaires potentiels ou actuels, la construction du projet et nos obligations familiales… à des journées confinées dont le planning s’est radicalement éclairci.

Passées la sidération et la nécessaire phase d’adaptation/acceptation (sur le plan matériel, mais aussi psychologique, celle-ci ci étant loin d’être terminée !), nous avons commencé naturellement à nous poser des questions sur “l’après” : à quand, et comment la sortie ? A quoi ressemblera le monde ? Quand pourrons-nous à nouveau faire tiers lieu, c’est-à-dire rencontrer, nous réunir pour mieux nous connaître, construire des projets ensemble, comme nous essayons de le faire depuis plusieurs mois et avions prévu de continuer de le faire cette année ?

Au final, aussi frustrant qu’il soit, le constat est que nous ne pouvons pas répondre à ces questions, pas plus que tous les experts (simili et réels) qui se succèdent dans les médias. En revanche, s’il est un aspect positif à retirer de cette période de brusque ralentissement de nos activités et vies, c’est sans doute le fait qu’elle nous oblige à revenir à une vérité basique que nous oublions souvent, pris dans le quotidien : nous ne pouvons agir ni sur le passé, ni sur le futur… uniquement sur le présent. Ce n’est qu’en acceptant cet état de fait que nous pourrons oublier la frustration actuelle pour retrouver notre pouvoir d’agir. Bien sûr, c’est un pouvoir d’agir contraint… Mais si ces mêmes contraintes nous poussent à en prendre conscience aujourd’hui, dans le présent, alors elles peuvent peut-être nous être bénéfiques, pour construire ici, maintenant, dans le présent ?

Comment faire ?

Et si, après que nous avons passé des mois à rechercher des financements pour ouvrir le futur local, ce temps de ralentissement nous donnait l’opportunité de nous recentrer sur la véritable raison d’être de L’Alternateur ? Car plus qu’un simple projet de lieu, L’Alternateur est un projet de “faire tiers lieu” : nous reconnecter entre nous, pour mieux nous connaître, apprendre, vivre, expérimenter et faire ensemble, pour construire le “monde d’après”. 

La crise que nous vivons prouve avec force l’importance de la production locale, des commerces et services de proximité, des liens sociaux, de l’entraide, de la solidarité et de l’économie réelle. Autant de facteurs de résilience que L’Alternateur souhaite aider à renforcer au niveau local, en prévision des futurs chocs à venir, car il ne fait aucun doute que nous en connaîtrons d’autres, à court ou moyen terme. Aujourd’hui plus que jamais, la nécessité de développer une résilience locale semble essentielle, pas uniquement pour “éviter le pire”, mais pour développer un nouveau modèle de société qui permette avant tout d’améliorer le présent et de bâtir un futur dans lequel il sera beaucoup plus agréable de vivre, dans le respect de l’humain et de la nature.

Nous n’en sommes qu’au début encore de la réflexion et de « digestion » de nos conditions de vie en confinement, mais s’il y a une chose dont nous sommes convaincues, c’est qu’aujourd’hui encore plus qu’avant, nous avons besoin de faire tiers lieu pour co-construire un projet de résilience réaliste et adapté pour notre territoire. C’est pourquoi nous avons, comme beaucoup d’autres “collègues”, de l’univers des tiers lieux et d’autres, décidé de tirer parti des formidables outils en ligne que sont l’Internet, le téléphone (!) et autres Zoom, Jitsi et comparses. A défaut de remplacer la qualité de rencontres physiques, ces outils sont efficaces pour nous connecter et échanger.

Nous avons commencé doucement, en organisant des “cafés-coworking virtuels” deux fois par semaine, avec les coworkers, freelances et entrepreneurs membres des groupes Meetup de l’Atelier et de L’Alternateur. Nous nous retrouvons à l’heure du café du midi, le lundi et le vendredi, et nous parlons. Beaucoup. De nos quotidiens. De nos problématiques. Des questions que nous nous posons. Des solutions que nous avons trouvées pour faire du sport, faire l’école à nos enfants, continuer de travailler, nous occuper ou même ne rien faire. Ces moments sont très précieux, et aucune session ne ressemble à la précédente, d’autant que les gens viennent quand il·elle·s le peuvent, comme il·elle·s sont. Juste pour faire société.

Petit à petit, au bout de trois semaines de rendez-vous bihebdomadaires, des idées commencent à émerger : des envies d’ateliers, de présentations, de faire. Nous n’avons encore rien programmé, nous suivons juste le fil et nous observons où il nous mène… tout en appréciant la chaleur humaine, l’envie d’entraide et la bienveillance qui transparaissent dans les échanges. Soit précisément les qualités que nous aspirons à valoriser et diffuser en faisant tiers lieu. 

Pour la suite, nous réfléchissons à la possibilité de proposer d’autres rendez-vous, pour élargir le premier cercle de participants (coworkers) et permettre à plus de personnes de participer. Nous réfléchissons aussi à la meilleure manière d’utiliser les outils que nous avons mis en place ces derniers mois, comme les ateliers “Journal du futur”, pour valoriser au mieux toutes les idées et projets qu’ils ont permis de faire émerger, et préparer dès aujourd’hui le terrain pour permettre leur mise en œuvre après la fin du confinement.

Les outils sont là, et nous nous sentons motivées. Et vous, où en êtes-vous ? Que vous soyez citoyen.ne, entrepreneur.e, salarié.e… Racontez-nous comment vous vivez cette période. Dites-nous comment vous travaillez ou ne travaillez pas, les liens que vous entretenez, les outils que vous utilisez… N’hésitez pas à venir faire société avec nous !

Pour plus d’informations sur nos cafés-coworking virtuels, consultez notre page Meetup ou contactez-moi.

Le Plan Climat Air Énergie Territorial de Paris Est Marne et Bois

Depuis la COP 21 et l’Accord de Paris, la mise en œuvre des politiques publiques en matière de lutte contre le réchauffement climatique est confiée aux collectivités territoriales, et notamment aux intercommunalités. En conséquence, celles-ci doivent élaborer et mettre en œuvre une stratégie et un plan d’actions d’une durée de six ans au niveau local, le Plan Climat Air Énergie Territorial (PCAET).

Concrètement, l’objectif du PCAET est de définir les actions devant être mises en œuvre pour atteindre les objectifs fixés par la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte de 2015, à savoir :

  • La réduction des émissions de gaz à effets de serre de 40% d’ici à 2050
  • 1/3 d’énergies renouvelables dans la consommation finale d’énergie
  • La réduction de 20% de la consommation d’énergie par rapport à 2012

Après deux ans d’un travail de diagnostic et de co-construction, le Conseil de territoire de Paris Est Marne et Bois, l’Établissement public territorial qui compte treize villes dont Champigny, a approuvé son PCAET au mois de décembre 2019. 

Le diagnostic, très complet, décrit entre autres les ressources locales, l’empreinte carbone, les émissions de gaz à effet de serre, les consommations énergétiques, la qualité de l’air, la vulnérabilité du territoire face aux effets du changement climatique. Le programme d’actions décrit 35 projets bénéfiques pour le territoire qui s’inscrivent dans le cadre de six orientations : 

Adaptation au changement climatique

Mobilités

Énergie et économie circulaire

Mobilisation des acteurs et innovation

Sensibilisation des populations

Éco-exemplarité du Territoire et des communes

L’un des intérêts de ce plan est qu’il n’oppose pas transition écologique et développement économique. De fait, il entre en résonance avec l’ambition de L’Alternateur de répondre aux nombreuses problématiques liées à la résilience du territoire. 

Parmi les actions envisagées, voici la liste non exhaustive de celles auxquelles nous comptons contribuer activement à travers L’Alternateur :

  • Résilience du territoire face aux effets de changement climatique
  • Favoriser l’agriculture urbaine durable
  • Mettre en place des rendez-vous info-énergie sur le territoire
  • Impliquer davantage les professionnels du cadre bâti dans la rénovation énergétique
  • Renforcer le repérage et l’accompagnement des ménages en situation de précarité énergétique
  • Inciter les acteurs du territoire à développer la production locale d’énergie
  • Inciter les habitants et les acteurs du territoire à réduire leurs déchets et faciliter le tri sélectif
  • Soutenir les initiatives d’économie circulaire sur le territoire
  • Mobiliser et animer un réseau des acteurs de la transition écologique
  • Créer un pôle territorial d’accompagnement des porteurs de projets ESS et développement durable
  • Accompagner les entreprises dans la mise en œuvre de démarches éco-responsables
  • Développer l’innovation et l’expérimentation au service de la transition écologique sur le territoire
  • Sensibiliser les populations aux enjeux socio-économiques et environnementaux liés au changement climatique et les accompagner dans la transition écologique
  • Développer des projets pédagogiques avec les milieux scolaire et périscolaire

Nous développerons ces différents points dans des articles ultérieurs, pour mieux vous présenter les différentes activités que nous souhaitons mettre en place au sein de L’Alternateur.

Le sujet vous intéresse, vous souhaitez échanger avec nous, pour voir ce que nous pourrions faire ensemble ? N’hésitez pas à nous suivre ou à nous contacter directement.

Source : https://parisestmarnebois.fr/competences/plan-climat-air-energie-territorial/

Les ateliers “Journal du futur – Champigny 2030”

« Un Tiers Lieu ne se définit pas par ce que l’on en dit, mais par ce que l’on en fait. »  – Le Manifeste des Tiers Lieux

Les étapes de concrétisation d’un Tiers Lieu comme l’Alternateur sont nombreuses. Si certaines sont spécifiques aux aspects logistiques et administratifs du futur lieu physique, d’autres visent à préfigurer les activités et événements qui s’y dérouleront et à fédérer les futurs acteurs du projet : citoyens, associations, entreprises, collectivités.

Pour démarrer des actions de sensibilisation auprès des habitants, nous avons décidé d’organiser une série d’ateliers participatifs pour proposer à des personnes volontaires d’imaginer ensemble des projets qui permettraient d’améliorer la vie locale et de renforcer le lien social. Nous compilerons ensuite les résultats de tous ces ateliers dans un vrai-faux journal municipal, “Champigny 2030”, que nous diffuserons à l’échelle de toute la ville pour les mettre en valeur.

A travers ce projet, intitulé “Journal du futur – Champigny 2030”, nous souhaitons proposer à des habitants volontaires de vivre une expérience collective enrichissante et de co-construire une vision positive de leurs quartiers et de leur avenir, en leur montrant qu’ils ont la possibilité, en se saisissant des problématiques de transition dans leur quartier, d’y améliorer la vie locale et par là même leur propre quotidien. Notre conviction est qu’en développant une vision positive de l’avenir, un tel projet contribuera non seulement à inciter les personnes à se “réapproprier” la vie de leur quartier, mais aussi à améliorer l’image de ce dernier, aussi bien à leurs yeux que vis-à-vis des personnes de l’extérieur.

Ces ateliers, qui se veulent ludiques et créatifs, auront lieu dans les cinq quartiers prioritaires de la ville (Bois l’Abbé, Mordacs, Plateau, Quatre Cités et Egalité) dans un premier temps, mais nous espérons par la suite pouvoir les étendre à toute la ville. Nous travaillons à construire le calendrier des ateliers pour cet automne avec l’aide entre autres des chargé.e.s de développement local de la mairie et des associations. Nous ne manquerons pas de publier et de communiquer dessus dès que cela sera fait. Si l’organisation d’un atelier de ce type vous intéresse, n’hésitez pas à nous contacter ou à commenter !

Les Vendredis à l’Atelier, un nouveau rendez-vous mensuel

Depuis le printemps 2018, la mairie de Champigny a ouvert l’Atelier, un espace collaboratif dédié au développement économique et à la promotion du territoire. Géré par le service de développement économique de la mairie, le lieu accueille gratuitement des coworkers, freelances et autres porteurs de projets, deux jours par semaine (les mardis et vendredis matin, le jeudi).

Après y avoir organisé plusieurs événements en soirée autour de L’Alternateur, nous nous sommes entendues avec le service de développement économique pour ouvrir le lieu une demi-journée de plus, le dernier vendredi de chaque mois, à partir de cet été.

En plus de proposer un créneau d’ouverture en plus, notre envie est de proposer des animations à la fois légères et spécifiques, en tenant compte des envies et des besoins des uns et des autres. Ce vendredi 30 août, nous reprenons doucement pour une « remise en selle » de pré-rentrée, afin d’échanger sur l’actualité des un.e.s et des autres et de décider ensemble du contenu des prochains vendredis de l’Atelier. N’hésitez pas à venir nous voir !

Détails : rendez-vous chaque dernier vendredi du mois entre 14h et 17h. On débute par une session de coworking entre 14h et 15h30, puis on passe en mode plus convivial entre 15h30 et 17h. Plus d’infos sur la page Meetup de l’Atelier

Imaginons un monde sans pétrole (ou presque), première prise

Vous avez déjà imaginé un monde sans pétrole ? Cela fait plusieurs décennies que les experts actualisent régulièrement la date d’épuisement estimée des réserves de pétrole de la planète. Quant à la date du fameux “pic pétrolier”, ce moment fatidique où la demande de pétrole dépassera l’offre, avec à la clé des chocs pétroliers infiniment plus violents que les précédents, des conditions de vie dégradées dans un monde bouleversé, elle bouge elle aussi régulièrement sur notre frise chronologique… selon les interprétations et les croyances de ceux qui contrôlent le curseur !

Illustration par Charles Giai-Gischia (charlimages.com)

Nous avons eu envie nous aussi, le temps d’une soirée, de créer notre propre curseur pour le placer, de manière totalement arbitraire, sur une date aussi proche que “palpable” pour la partie reptilienne de nos cerveaux, et ainsi nous soumettre à un petit exercice de vision collective.

Imaginez-vous le 1er janvier 2019 : vous allumez la radio, insouciant, légèrement fatigué mais content de votre réveillon de la veille, plein d’entrain et de motivation pour l’année à venir… quand vous entendez une nouvelle qui vous glace le sang. En ce mardi 1er janvier 2019, les pays de l’OPEP annoncent une forte baisse de leur production : celle-ci entraînera une réduction drastique de l’approvisionnement en pétrole, et à partir du 1er janvier 2022, les pays importateurs ne bénéficieront plus que de 30% de l’approvisionnement actuel. Dans seulement 3 ans…

C’est en quelques mots le scénario que nous avions choisi de proposer dans le cadre de la soirée “Imaginons un monde sans pétrole (ou presque)” que nous avons organisée à la Maison de la vie citoyenne de Champigny le vendredi 30 novembre. Après avoir planté ce décor, nous avons invité les participants à s’y projeter pour dans un premier temps nommer les impacts que ce choc aurait sur leurs vies, leur cadre de vie, le monde.

Après cette première phase de collecte, les participants se sont répartis entre quatre tables, correspondant aux quatre grands “champs d’action” qu’ils avaient identifiés comme étant prioritaires : la mobilité, l’agriculture / alimentation, le logement et le “vivre ensemble”. Ils ont ensuite enchaîné trois sessions de brainstorming de 15 minutes, en changeant deux fois de table/thématique, pour réfléchir et définir ensemble des solutions à mettre en place.

Le temps de la soirée, la salle s’est animée, le mur s’est noirci d’idées, les échanges ont fusé. Nous en sommes ressortis avec une liste de solutions qui toutes présentaient des caractéristiques communes : celles de pouvoir être initiées rapidement, par des citoyens en mode bottom-up et à l’échelon local.

Voici la liste des solutions que nous avons collectivement sélectionnées comme étant concrétisables rapidement :

Nos enseignements de cette soirée

Notre idée de départ, quand nous avons imaginé cette soirée, était de proposer un événement autour de la résilience, en faisant appel à l’intelligence collective.

Positif, sans être trop optimiste, le résultat des échanges nous a confortées dans la vision du monde, actuel et à venir, que nous portons au sein du mouvement de la Transition et sur le projet de l’Alternateur. Plutôt que de vous ennuyer avec les détails d’une soirée qu’il aurait fallu vivre plutôt que de lire, nous avons choisi de vous en présenter une petite synthèse.

La transition est une affaire de récit

Le récit que nous choisirons d’écrire… individuellement ou collectivement. Le récit d’un monde que nous pouvons choisir de co-construire. Le mouvement des Villes et Territoires en Transition, dont nous faisons partie, aspire à écrire le récit d’un monde plus désirable, dans lequel la solution est dans le faire et le vivre ensemble.

Il ne s’agit pas de nier les crises pétrolières, climatiques et autres en cours ou à venir, mais de les intégrer dans ce travail de récit, de manière à accompagner/aider à la prise de conscience et surtout de stimuler la motivation, qui restent les clés du passage à l’action.

Le récit doit être individuel avant de devenir collectif

Nous ne sommes jamais que des êtres humains, fonctionnant avec notre propre vision, forcément subjective, du monde, selon un rythme qui nous est entièrement personnel, et en prise avec des peurs viscérales, que nous les ayons héritées intactes de nos lointains ancêtres chasseurs-cueilleurs (“fuir ou combattre”) ou de notre enfance. Cette individualité fait que la fameuse prise de conscience, celle qui poussera chacun.e de nous à changer et ajouter à la “masse critique” nécessaire pour vraiment nous engager dans le sens d’une transition désirable, devra être individuelle avant d’être collective.

Au fil de la soirée et des différentes phases/sessions d’échange/réflexion, et alors que nous étions en présence de personnes majoritairement “convaincues” de la capacité d’action des citoyens et familières du mouvement de la transition, le premier “je” de la soirée a mis du temps à émerger. Un “je” assumé, par lequel les participants ont accepté à se positionner comme sujets dans le monde en mutation que nous décrivions pour l’exercice. Un “je” indispensable pour leur permettre ensuite de se placer en tant qu’acteurs des solutions sur lesquelles ils avaient travaillé avec enthousiasme.

La transition sera sociale autant qu’écologique

Ce que nous montrent clairement toutes les solutions qui ont émergé de la soirée, c’est que la clé de notre résilience, cette capacité de subir un choc sans s’effondrer, mais en s’adaptant à un nouveau contexte, consistera à être à la fois plus autonomes et plus solidaires.

Les moyens sont nombreux : repenser et relocaliser la production et la distribution alimentaire et énergétique ; réduire, mieux maîtriser et partager notre consommation d’énergie ; revoir nos modes de déplacement et les distances à parcourir ; utiliser intelligemment et durablement nos ressources naturelles locales ; récupérer, réutiliser et recycler les matériaux existants le plus possible ; récupérer des terres urbanisées ; repenser nos habitats et nos métiers ; renforcer l’économie locale et les activités artisanales ; adapter nos rythmes de vie aux saisons…

Mais aussi renforcer la solidarité. Pas uniquement celle des plus riches envers les plus pauvres, mais aussi celle qui lie les personnes d’un même quartier ou d’une même ville et les amène à se serrer les coudes quand les difficultés arrivent. Une solidarité qui opère entre des personnes qui sont soudées parce qu’elles ont appris à se connaître, notamment à travers des projets locaux favorisant le “mieux vivre ensemble”.

La table consacrée au “vivre ensemble” a attiré moins de personnes au tout début, et la liste des solutions finale était plutôt restreinte par rapport aux autres, bien plus “dans le dur”, “tangibles”. Au final, le (savoir) vivre ensemble transparaît en filigrane comme un prérequis dans la plupart des solutions proposées. Naturellement. Comme un gilet jaune “infiltré” dans la soirée nous l’a justement  rappelé, la transition écologique, du moins celle que nous appelons de nos vœux, ne pourra pas advenir dans une société fracturée.

La suite

Cette soirée a été riche en échanges et en production d’idées. La suite telle que nous l’imaginons, c’est le lancement de nouveaux projets et EPT (Evénements Porteurs de Transformation/Transition, acronyme inventé lors de la soirée).

Nous avons aussi très envie de donner une suite à ce que nous voyons comme le tout début d’un dialogue au sujet de la résilience de notre ville, en organisant d’autres événements participatifs autour de cette question très complexe, mais aussi autour de la question de réappropriation citoyenne de domaines tels que l’économie, l’énergie, l’alimentation, l’espace public, etc.

Et vous, comment voyez-vous la suite ? N’hésitez pas à partager votre vision ou vos retours avec nous !

 

Qu’est-ce qu’une entreprise axée transition ?

Le projet de l’Alternateur est notamment inspiré du projet Reconomy de Totnes, qui vise à faire émerger une autre économie : locale, éthique, au service du bien-être des personnes. C’est pourquoi il nous a semblé pertinent de traduire cet article issu du site du projet Reconomy, qui définit précisément les types d’entreprises que nous voulons encourager dans le futur lieu.

Les principes ambitieux décrits ici forment la définition de ce que nous appelons une entreprise axée transition. Il nous semble en effet important de proposer une définition

  1. Pour mieux décrire et communiquer sur le type d’entreprises commerciales que nous souhaitons voir se créer, à savoir des entreprises qui soutiennent une économie locale dédiée à l’amélioration du bien-être et à la protection de l’environnement ;
  2. Pour mieux orienter nos ressources limitées ;
  3. Pour permettre à toute nouvelle entreprise d’intégrer les principes de cette définition dans son modèle économique dès sa création ; et donner la possibilité aux autres de s’y retrouver pour s’y inscrire pleinement.

Il va de soi que d’autres types d’entreprises commerciales peuvent également contribuer à la réalisation des objectifs de la Transition et de la REconomy : toute économie locale abrite un large éventail d’entreprises – et autant de modèles économiques – susceptibles de fournir la diversité nécessaire au renforcement de la résilience. Les entreprises privées à but lucratif et les entreprises sociales plus « classiques » en font également partie.

Dans le cadre de notre projet, nous avons choisi de nous concentrer sur les entreprises axées transition, parce qu’elles sont les plus à même de contribuer à la réalisation de nos objectifs, et aussi parce qu’elles sont sous-représentées dans l’écosystème économique. D’autres partenaires économiques locaux pourront apporter leur soutien à d’autres types d’entreprises.

Définition

Une entreprise axée transition est une entité commerciale financièrement viable qui répond à un besoin réel de la communauté, génère des avantages sociaux et a des impacts environnementaux positifs, ou à défaut neutres.

Dans cette définition, le terme « viable » signifie que l’entreprise n’engage pas plus de coûts qu’elle ne le peut. Elle peut recourir à des moyens de transaction alternatifs. Bien qu’il soit question d’entreprises et d’activités commerciales, beaucoup des éléments de notre définition peuvent également s’appliquer à des individus en train de se créer une activité de subsistance, qu’il s’agisse d’une structure commerciale ou non.

Plutôt que de chercher à maximiser leurs profits au bénéfice d’actionnaires externes ou de seulement créer des emplois, les entreprises axées transition au sens où nous les entendons appliquent des stratégies commerciales dans le but d’améliorer des conditions sociales et environnementales. Elles génèrent des emplois, mais aussi bien d’autres choses.

Il est clair que les entreprises axées transition ne pourront pas transformer l’économie locale à elles seules. Leur action doit être accompagnée par des changements d’ordre systémique, comme par exemple :

  • l’instauration de systèmes de moyens d’échange alternatifs ou de stratégies de prix valorisant le capital naturel,
  • le renforcement des collaborations entre les petites entreprises locales,
  • la mise en place de pratiques d’économie circulaire sur le territoire, etc.

Principes

Ce schéma illustre les principes selon lesquels une entreprise axée transition doit chercher à fonctionner. Il ne s’agit pas d’imposer un schéma de certification à suivre dès la création : chaque entreprise suit un parcours qui lui est propre et qu’elle évalue régulièrement.

Renforcer la résilience de la communauté : l’objectif d’une entreprise axée transition est de contribuer à répondre aux principaux besoins de la communauté malgré un contexte économique instable, les pénuries d’énergie et de ressources et les impacts du dérèglement climatique global. Elle doit être résiliente et chercher à être financièrement soutenable et aussi indépendante que possible des sources de financement externes.

Exemples : en revendant des produits de saison, sains et à bas prix en direct, des entreprises alimentaires comme Norwich Farm Share et Stroudco aident les habitants de leur territoire à se reconnecter entre eux, à leur alimentation et à la nature.

Exploitation appropriée des ressources : une entreprise axée transition doit viser une exploitation appropriée et efficace des ressources naturelles, en respectant leurs limites et en réduisant et intégrant les flux de déchets produits dans sa gestion. Elle doit également limiter son usage des énergies fossiles et maximiser celui des sources d’énergie renouvelables.

Exemple : GroCycle, première entreprise à faire pousser des pleurotes à partir de marc de café collecté en local, est parvenue à réduire de manière significative sa consommation d’énergie par rapport aux méthodes de culture traditionnelles.

Au-delà des profits : plutôt que de simplement générer des profits au bénéfice de tiers, une entreprise axée transition vise à fournir des produits et services abordables et durables, ainsi que des moyens de subsistance décents. Si elle est profitable, elle réinvestit les profits pour un bénéfice supérieur au simple enrichissement des personnes.

Exemple : Repowering London est une entreprise qui appartient à la communauté locale. Les profits qu’elle génère à travers la vente d’énergie renouvelable reviennent à ses investisseurs locaux et sont investis dans des projets qui visent à réduire la précarité énergétique locale.

Appartenance à la communauté : une entreprise axée transition travaille à construire un bien commun, appartenant et contrôlé autant que possible par ses travailleurs, clients, locataires et communautés. Elle traite et rémunère tous ses travailleurs de manière équitable. Elle dispose de structures qui sont aussi ouvertes, équitables, démocratiques, inclusives et responsables que possible. Elle opère consciemment en tant que composante et actrice d’un système local collaboratif et mutuellement solidaire.

Exemple : le Comrie Development Trust est un ancien camp militaire repris et géré par des habitants locaux qui cherchent à y développer des nouvelles activités de commerce locales. Toute entreprise à but lucratif peut également choisir d’intégrer ces principes dans son fonctionnement, même si elle n’y est pas légalement tenue.

Échelle : que ce soit pour son approvisionnement, sa distribution ou ses interactions avec le reste de l’écosystème économique, l’entreprise axée transition fonctionne selon une échelle qui dépend de son environnement, des besoins auxquels elle répond et de son secteur d’activité. Son but n’est pas de croître sans fin. Elle approvisionne les habitants locaux en produits aussi locaux que possible, dans la mesure où cela est pertinent.

Exemple : la compagnie de bus écologiques Big Lemon, à Brighton, est une « Community Interest Company » (une entreprise d’intérêt communautaire de droit anglais). Les entreprises de ce type doivent travailler à l’échelle d’une ville ou d’une agglomération… Quand d’autres ne seront pertinentes qu’à un échelon régional ou national.

Pour connaître d’autres exemples d’entreprises axées transition, cliquez ici.

Plus qu’une définition, nous voyons dans cet article un ensemble de principes que ces nouvelles entreprises elles-mêmes peuvent aider à façonner. Il reste difficile d’entrevoir quelle sorte d’économie nous verrons émerger dans les prochaines années, ou encore quels types d’entreprises la Transition engendrera. Cependant, nous voyons dans le développement de ce type d’entreprise, même à petite échelle, un levier puissant de transformation de nos économies locales, et au-delà de notre système économique capitaliste et globalisé actuel.

Source (dernière mise à jour en octobre 2014) : http://reconomy.org/what-you-can-do/inspiring-enterprises/whats-a-transition-enterprise/