Nouveau projet : les ateliers “Journal du futur – Champigny 2030”

« Un Tiers Lieu ne se définit pas par ce que l’on en dit, mais par ce que l’on en fait. »  – Le Manifeste des Tiers Lieux

Les étapes de concrétisation d’un Tiers Lieu comme l’Alternateur sont nombreuses. Si certaines sont spécifiques aux aspects logistiques et administratifs du futur lieu physique, d’autres visent à préfigurer les activités et événements qui s’y dérouleront et à fédérer les futurs acteurs du projet : citoyens, associations, entreprises, collectivités.

Pour démarrer des actions de sensibilisation auprès des habitants, nous avons décidé d’organiser une série d’ateliers participatifs pour proposer à des personnes volontaires d’imaginer ensemble des projets qui permettraient d’améliorer la vie locale et de renforcer le lien social. Nous compilerons ensuite les résultats de tous ces ateliers dans un vrai-faux journal municipal, “Champigny 2030”, que nous diffuserons à l’échelle de toute la ville pour les mettre en valeur.

A travers ce projet, intitulé “Journal du futur – Champigny 2030”, nous souhaitons proposer à des habitants volontaires de vivre une expérience collective enrichissante et de co-construire une vision positive de leurs quartiers et de leur avenir, en leur montrant qu’ils ont la possibilité, en se saisissant des problématiques de transition dans leur quartier, d’y améliorer la vie locale et par là même leur propre quotidien. Notre conviction est qu’en développant une vision positive de l’avenir, un tel projet contribuera non seulement à inciter les personnes à se “réapproprier” la vie de leur quartier, mais aussi à améliorer l’image de ce dernier, aussi bien à leurs yeux que vis-à-vis des personnes de l’extérieur.

Ces ateliers, qui se veulent ludiques et créatifs, auront lieu dans les cinq quartiers prioritaires de la ville (Bois l’Abbé, Mordacs, Plateau, Quatre Cités et Egalité) dans un premier temps, mais nous espérons par la suite pouvoir les étendre à toute la ville. Nous travaillons à construire le calendrier des ateliers pour cet automne avec l’aide entre autres des chargé.e.s de développement local de la mairie et des associations. Nous ne manquerons pas de publier et de communiquer dessus dès que cela sera fait. Si l’organisation d’un atelier de ce type vous intéresse, n’hésitez pas à nous contacter ou à commenter !

Les Vendredis à l’Atelier, un nouveau rendez-vous mensuel

Depuis le printemps 2018, la mairie de Champigny a ouvert l’Atelier, un espace collaboratif dédié au développement économique et à la promotion du territoire. Géré par le service de développement économique de la mairie, le lieu accueille gratuitement des coworkers, freelances et autres porteurs de projets, deux jours par semaine (les mardis et vendredis matin, le jeudi).

Après y avoir organisé plusieurs événements en soirée autour de L’Alternateur, nous nous sommes entendues avec le service de développement économique pour ouvrir le lieu une demi-journée de plus, le dernier vendredi de chaque mois, à partir de cet été.

En plus de proposer un créneau d’ouverture en plus, notre envie est de proposer des animations à la fois légères et spécifiques, en tenant compte des envies et des besoins des uns et des autres. Ce vendredi 30 août, nous reprenons doucement pour une « remise en selle » de pré-rentrée, afin d’échanger sur l’actualité des un.e.s et des autres et de décider ensemble du contenu des prochains vendredis de l’Atelier. N’hésitez pas à venir nous voir !

Détails : rendez-vous chaque dernier vendredi du mois entre 14h et 17h. On débute par une session de coworking entre 14h et 15h30, puis on passe en mode plus convivial entre 15h30 et 17h. Plus d’infos sur la page Meetup de l’Atelier

Imaginons un monde sans pétrole (ou presque), première prise

Vous avez déjà imaginé un monde sans pétrole ? Cela fait plusieurs décennies que les experts actualisent régulièrement la date d’épuisement estimée des réserves de pétrole de la planète. Quant à la date du fameux “pic pétrolier”, ce moment fatidique où la demande de pétrole dépassera l’offre, avec à la clé des chocs pétroliers infiniment plus violents que les précédents, des conditions de vie dégradées dans un monde bouleversé, elle bouge elle aussi régulièrement sur notre frise chronologique… selon les interprétations et les croyances de ceux qui contrôlent le curseur !

Illustration par Charles Giai-Gischia (charlimages.com)

Nous avons eu envie nous aussi, le temps d’une soirée, de créer notre propre curseur pour le placer, de manière totalement arbitraire, sur une date aussi proche que “palpable” pour la partie reptilienne de nos cerveaux, et ainsi nous soumettre à un petit exercice de vision collective.

Imaginez-vous le 1er janvier 2019 : vous allumez la radio, insouciant, légèrement fatigué mais content de votre réveillon de la veille, plein d’entrain et de motivation pour l’année à venir… quand vous entendez une nouvelle qui vous glace le sang. En ce mardi 1er janvier 2019, les pays de l’OPEP annoncent une forte baisse de leur production : celle-ci entraînera une réduction drastique de l’approvisionnement en pétrole, et à partir du 1er janvier 2022, les pays importateurs ne bénéficieront plus que de 30% de l’approvisionnement actuel. Dans seulement 3 ans…

C’est en quelques mots le scénario que nous avions choisi de proposer dans le cadre de la soirée “Imaginons un monde sans pétrole (ou presque)” que nous avons organisée à la Maison de la vie citoyenne de Champigny le vendredi 30 novembre. Après avoir planté ce décor, nous avons invité les participants à s’y projeter pour dans un premier temps nommer les impacts que ce choc aurait sur leurs vies, leur cadre de vie, le monde.

Après cette première phase de collecte, les participants se sont répartis entre quatre tables, correspondant aux quatre grands “champs d’action” qu’ils avaient identifiés comme étant prioritaires : la mobilité, l’agriculture / alimentation, le logement et le “vivre ensemble”. Ils ont ensuite enchaîné trois sessions de brainstorming de 15 minutes, en changeant deux fois de table/thématique, pour réfléchir et définir ensemble des solutions à mettre en place.

Le temps de la soirée, la salle s’est animée, le mur s’est noirci d’idées, les échanges ont fusé. Nous en sommes ressortis avec une liste de solutions qui toutes présentaient des caractéristiques communes : celles de pouvoir être initiées rapidement, par des citoyens en mode bottom-up et à l’échelon local.

Voici la liste des solutions que nous avons collectivement sélectionnées comme étant concrétisables rapidement :

Nos enseignements de cette soirée

Notre idée de départ, quand nous avons imaginé cette soirée, était de proposer un événement autour de la résilience, en faisant appel à l’intelligence collective.

Positif, sans être trop optimiste, le résultat des échanges nous a confortées dans la vision du monde, actuel et à venir, que nous portons au sein du mouvement de la Transition et sur le projet de l’Alternateur. Plutôt que de vous ennuyer avec les détails d’une soirée qu’il aurait fallu vivre plutôt que de lire, nous avons choisi de vous en présenter une petite synthèse.

La transition est une affaire de récit

Le récit que nous choisirons d’écrire… individuellement ou collectivement. Le récit d’un monde que nous pouvons choisir de co-construire. Le mouvement des Villes et Territoires en Transition, dont nous faisons partie, aspire à écrire le récit d’un monde plus désirable, dans lequel la solution est dans le faire et le vivre ensemble.

Il ne s’agit pas de nier les crises pétrolières, climatiques et autres en cours ou à venir, mais de les intégrer dans ce travail de récit, de manière à accompagner/aider à la prise de conscience et surtout de stimuler la motivation, qui restent les clés du passage à l’action.

Le récit doit être individuel avant de devenir collectif

Nous ne sommes jamais que des êtres humains, fonctionnant avec notre propre vision, forcément subjective, du monde, selon un rythme qui nous est entièrement personnel, et en prise avec des peurs viscérales, que nous les ayons héritées intactes de nos lointains ancêtres chasseurs-cueilleurs (“fuir ou combattre”) ou de notre enfance. Cette individualité fait que la fameuse prise de conscience, celle qui poussera chacun.e de nous à changer et ajouter à la “masse critique” nécessaire pour vraiment nous engager dans le sens d’une transition désirable, devra être individuelle avant d’être collective.

Au fil de la soirée et des différentes phases/sessions d’échange/réflexion, et alors que nous étions en présence de personnes majoritairement “convaincues” de la capacité d’action des citoyens et familières du mouvement de la transition, le premier “je” de la soirée a mis du temps à émerger. Un “je” assumé, par lequel les participants ont accepté à se positionner comme sujets dans le monde en mutation que nous décrivions pour l’exercice. Un “je” indispensable pour leur permettre ensuite de se placer en tant qu’acteurs des solutions sur lesquelles ils avaient travaillé avec enthousiasme.

La transition sera sociale autant qu’écologique

Ce que nous montrent clairement toutes les solutions qui ont émergé de la soirée, c’est que la clé de notre résilience, cette capacité de subir un choc sans s’effondrer, mais en s’adaptant à un nouveau contexte, consistera à être à la fois plus autonomes et plus solidaires.

Les moyens sont nombreux : repenser et relocaliser la production et la distribution alimentaire et énergétique ; réduire, mieux maîtriser et partager notre consommation d’énergie ; revoir nos modes de déplacement et les distances à parcourir ; utiliser intelligemment et durablement nos ressources naturelles locales ; récupérer, réutiliser et recycler les matériaux existants le plus possible ; récupérer des terres urbanisées ; repenser nos habitats et nos métiers ; renforcer l’économie locale et les activités artisanales ; adapter nos rythmes de vie aux saisons…

Mais aussi renforcer la solidarité. Pas uniquement celle des plus riches envers les plus pauvres, mais aussi celle qui lie les personnes d’un même quartier ou d’une même ville et les amène à se serrer les coudes quand les difficultés arrivent. Une solidarité qui opère entre des personnes qui sont soudées parce qu’elles ont appris à se connaître, notamment à travers des projets locaux favorisant le “mieux vivre ensemble”.

La table consacrée au “vivre ensemble” a attiré moins de personnes au tout début, et la liste des solutions finale était plutôt restreinte par rapport aux autres, bien plus “dans le dur”, “tangibles”. Au final, le (savoir) vivre ensemble transparaît en filigrane comme un prérequis dans la plupart des solutions proposées. Naturellement. Comme un gilet jaune “infiltré” dans la soirée nous l’a justement  rappelé, la transition écologique, du moins celle que nous appelons de nos vœux, ne pourra pas advenir dans une société fracturée.

La suite

Cette soirée a été riche en échanges et en production d’idées. La suite telle que nous l’imaginons, c’est le lancement de nouveaux projets et EPT (Evénements Porteurs de Transformation/Transition, acronyme inventé lors de la soirée).

Nous avons aussi très envie de donner une suite à ce que nous voyons comme le tout début d’un dialogue au sujet de la résilience de notre ville, en organisant d’autres événements participatifs autour de cette question très complexe, mais aussi autour de la question de réappropriation citoyenne de domaines tels que l’économie, l’énergie, l’alimentation, l’espace public, etc.

Et vous, comment voyez-vous la suite ? N’hésitez pas à partager votre vision ou vos retours avec nous !

 

Qu’est-ce qu’une entreprise axée transition ?

Le projet de l’Alternateur est notamment inspiré du projet Reconomy de Totnes, qui vise à faire émerger une autre économie : locale, éthique, au service du bien-être des personnes. C’est pourquoi il nous a semblé pertinent de traduire cet article issu du site du projet Reconomy, qui définit précisément les types d’entreprises que nous voulons encourager dans le futur lieu.

Les principes ambitieux décrits ici forment la définition de ce que nous appelons une entreprise axée transition. Il nous semble en effet important de proposer une définition

  1. Pour mieux décrire et communiquer sur le type d’entreprises commerciales que nous souhaitons voir se créer, à savoir des entreprises qui soutiennent une économie locale dédiée à l’amélioration du bien-être et à la protection de l’environnement ;
  2. Pour mieux orienter nos ressources limitées ;
  3. Pour permettre à toute nouvelle entreprise d’intégrer les principes de cette définition dans son modèle économique dès sa création ; et donner la possibilité aux autres de s’y retrouver pour s’y inscrire pleinement.

Il va de soi que d’autres types d’entreprises commerciales peuvent également contribuer à la réalisation des objectifs de la Transition et de la REconomy : toute économie locale abrite un large éventail d’entreprises – et autant de modèles économiques – susceptibles de fournir la diversité nécessaire au renforcement de la résilience. Les entreprises privées à but lucratif et les entreprises sociales plus « classiques » en font également partie.

Dans le cadre de notre projet, nous avons choisi de nous concentrer sur les entreprises axées transition, parce qu’elles sont les plus à même de contribuer à la réalisation de nos objectifs, et aussi parce qu’elles sont sous-représentées dans l’écosystème économique. D’autres partenaires économiques locaux pourront apporter leur soutien à d’autres types d’entreprises.

Définition

Une entreprise axée transition est une entité commerciale financièrement viable qui répond à un besoin réel de la communauté, génère des avantages sociaux et a des impacts environnementaux positifs, ou à défaut neutres.

Dans cette définition, le terme « viable » signifie que l’entreprise n’engage pas plus de coûts qu’elle ne le peut. Elle peut recourir à des moyens de transaction alternatifs. Bien qu’il soit question d’entreprises et d’activités commerciales, beaucoup des éléments de notre définition peuvent également s’appliquer à des individus en train de se créer une activité de subsistance, qu’il s’agisse d’une structure commerciale ou non.

Plutôt que de chercher à maximiser leurs profits au bénéfice d’actionnaires externes ou de seulement créer des emplois, les entreprises axées transition au sens où nous les entendons appliquent des stratégies commerciales dans le but d’améliorer des conditions sociales et environnementales. Elles génèrent des emplois, mais aussi bien d’autres choses.

Il est clair que les entreprises axées transition ne pourront pas transformer l’économie locale à elles seules. Leur action doit être accompagnée par des changements d’ordre systémique, comme par exemple :

  • l’instauration de systèmes de moyens d’échange alternatifs ou de stratégies de prix valorisant le capital naturel,
  • le renforcement des collaborations entre les petites entreprises locales,
  • la mise en place de pratiques d’économie circulaire sur le territoire, etc.

Principes

Ce schéma illustre les principes selon lesquels une entreprise axée transition doit chercher à fonctionner. Il ne s’agit pas d’imposer un schéma de certification à suivre dès la création : chaque entreprise suit un parcours qui lui est propre et qu’elle évalue régulièrement.

Renforcer la résilience de la communauté : l’objectif d’une entreprise axée transition est de contribuer à répondre aux principaux besoins de la communauté malgré un contexte économique instable, les pénuries d’énergie et de ressources et les impacts du dérèglement climatique global. Elle doit être résiliente et chercher à être financièrement soutenable et aussi indépendante que possible des sources de financement externes.

Exemples : en revendant des produits de saison, sains et à bas prix en direct, des entreprises alimentaires comme Norwich Farm Share et Stroudco aident les habitants de leur territoire à se reconnecter entre eux, à leur alimentation et à la nature.

Exploitation appropriée des ressources : une entreprise axée transition doit viser une exploitation appropriée et efficace des ressources naturelles, en respectant leurs limites et en réduisant et intégrant les flux de déchets produits dans sa gestion. Elle doit également limiter son usage des énergies fossiles et maximiser celui des sources d’énergie renouvelables.

Exemple : GroCycle, première entreprise à faire pousser des pleurotes à partir de marc de café collecté en local, est parvenue à réduire de manière significative sa consommation d’énergie par rapport aux méthodes de culture traditionnelles.

Au-delà des profits : plutôt que de simplement générer des profits au bénéfice de tiers, une entreprise axée transition vise à fournir des produits et services abordables et durables, ainsi que des moyens de subsistance décents. Si elle est profitable, elle réinvestit les profits pour un bénéfice supérieur au simple enrichissement des personnes.

Exemple : Repowering London est une entreprise qui appartient à la communauté locale. Les profits qu’elle génère à travers la vente d’énergie renouvelable reviennent à ses investisseurs locaux et sont investis dans des projets qui visent à réduire la précarité énergétique locale.

Appartenance à la communauté : une entreprise axée transition travaille à construire un bien commun, appartenant et contrôlé autant que possible par ses travailleurs, clients, locataires et communautés. Elle traite et rémunère tous ses travailleurs de manière équitable. Elle dispose de structures qui sont aussi ouvertes, équitables, démocratiques, inclusives et responsables que possible. Elle opère consciemment en tant que composante et actrice d’un système local collaboratif et mutuellement solidaire.

Exemple : le Comrie Development Trust est un ancien camp militaire repris et géré par des habitants locaux qui cherchent à y développer des nouvelles activités de commerce locales. Toute entreprise à but lucratif peut également choisir d’intégrer ces principes dans son fonctionnement, même si elle n’y est pas légalement tenue.

Échelle : que ce soit pour son approvisionnement, sa distribution ou ses interactions avec le reste de l’écosystème économique, l’entreprise axée transition fonctionne selon une échelle qui dépend de son environnement, des besoins auxquels elle répond et de son secteur d’activité. Son but n’est pas de croître sans fin. Elle approvisionne les habitants locaux en produits aussi locaux que possible, dans la mesure où cela est pertinent.

Exemple : la compagnie de bus écologiques Big Lemon, à Brighton, est une « Community Interest Company » (une entreprise d’intérêt communautaire de droit anglais). Les entreprises de ce type doivent travailler à l’échelle d’une ville ou d’une agglomération… Quand d’autres ne seront pertinentes qu’à un échelon régional ou national.

Pour connaître d’autres exemples d’entreprises axées transition, cliquez ici.

Plus qu’une définition, nous voyons dans cet article un ensemble de principes que ces nouvelles entreprises elles-mêmes peuvent aider à façonner. Il reste difficile d’entrevoir quelle sorte d’économie nous verrons émerger dans les prochaines années, ou encore quels types d’entreprises la Transition engendrera. Cependant, nous voyons dans le développement de ce type d’entreprise, même à petite échelle, un levier puissant de transformation de nos économies locales, et au-delà de notre système économique capitaliste et globalisé actuel.

Source (dernière mise à jour en octobre 2014) : http://reconomy.org/what-you-can-do/inspiring-enterprises/whats-a-transition-enterprise/